Snapchat : un intermédiaire devenu central
Je vais prendre un peu de temps pour vous parler du réseau social Snapchat. Car c’est à mon sens devenu un intermédiaire particulièrement efficace dans la diffusion des nouvelles consommations.
Même si Snapchat n’a jamais eu cette prétention et d’ailleurs ne la porte toujours pas aujourd’hui, c’est devenu à ses dépens un intermédiaire en termes de communication. Une application qui met en relation les consommateurs et les dealers, sans effort et ce, sans réseau préalable. Nous sommes à l’ère de l’ubérisation des psychotropes.
Ce qui rend Snapchat différent : la découvrabilité
Dans beaucoup de réseaux sociaux, pour communiquer avec quelqu’un, il vous faut son contact (numéro de téléphone ou identifiant unique), un lien, un groupe, une invitation. Ça n’empêche rien, mais ça ajoute une friction dans le sens où si vous n’avez pas le numéro du fournisseur, vous ne pourrez pas l’inventer.
Snapchat, lui, a une logique de recherche et de découverte grand public. Et c’est là que ça bascule : il est possible de trouver des comptes “à froid”, sans connaître personne, en utilisant des codes, des symboles, des noms, des logiques de localisation implicite. On n’est plus dans “j’écris à quelqu’un que je connais”. On est dans “je cherche et je tombe sur”.
Soyons directs : c’est précisément ce système de découvrabilité qui est aujourd’hui détourné pour faciliter des activités illégales. Bien que je sois partagé à l’idée de pointer ce levier, mon objectif est d’être transparent sur les failles de Snapchat pour que les choses évoluent.
Prenons un cas concret : un nouvel arrivant dans une ville cherche à se procurer des stupéfiants. En tapant simplement le nom de la ville suivi de l’émoji ‘flocon de neige’ dans la barre de recherche, il accède instantanément à des dizaines de profils de revendeurs actifs. La simplicité du processus est alarmante.
Un autre point problématique : les recommandations
La recherche seule, c’est déjà un sujet. Mais le vrai saut, c’est quand la recherche n’est plus neutre.
Quand Snapchat propose d’autres comptes similaires dans les recommandations, la plateforme fait plus qu’afficher. Elle oriente. Elle accélère. Elle enlève de la friction. Elle accélère la mise en relation des personnes dépendantes avec les revendeurs.

Exemple de capture d’écran sur la fenêtre « recherche d’amis » sur Snapchat après avoir fait plusieurs recherches de dealers sur Rennes et Lyon. L’application me propose d’ajouter dans mes contacts des revendeurs dont j’ignorais l’existence avant.
Mais de cette mauvaise nouvelle, on peut rester optimiste. Effectivement, ce fonctionnement dit une chose simple : si une plateforme est capable de pousser des résultats et des suggestions, elle est aussi capable de faire l’inverse. Déréférencer, casser les chaînes de recommandations, freiner la découvrabilité. Techniquement, ce n’est pas un mystère.
Pourquoi cette accès facile complique l’arrêt pour quelqu’un de dépendant
Je ne suis pas un grand défenseur de l’appel à la modération. En particulier pour ces produits très addictifs. Certes, un travail est nécessaire chez les consommateurs s’ils veulent se couper de ces produits mais je ne veux pas leur renvoyer entièrement la responsabilité de l’abstinence. Le fournisseur doit voir ses accès restreints.
Avant, couper les ponts pouvait aider. Effacer un numéro, sortir d’un cercle, éviter certains lieux. Ça ne réglait pas tout, mais cela rendait le retour en arrière plus compliqué. Mais avec une application qui permet de retrouver une offre en quelques minutes, depuis son canapé, l’effort demandé à quelqu’un qui tente de s’en sortir, de s’extraire de sa dépendance, augmente brutalement. Ainsi avec Snapchat, il est possible de rompre avec tout son répertoire, ses contacts, et pourtant, garder une porte d’entrée active dans la poche. C’est ça, le changement. Le glissement.
Pourquoi l’enjeu est plus lourd : Snapchat est très utilisé par les plus jeunes
Autre élément important : Snapchat est très ancré chez les jeunes. Je ne dis pas ça pour pointer du doigt les ados qui ne sont d’ailleurs pas la cible de ces marchés. Je dis cela parce que, quand une plateforme est massivement utilisée par les plus jeunes, le moindre angle mort de design pèse plus lourd.
Même si l’usage illégal est minoritaire, la combinaison “découverte + recommandations + usage jeune” crée un risque structurel qu’on peut se permettre d’éviter.
Ce que je demande, concrètement
Je ne demande pas d’interdire Snapchat. Je demande que Snapchat traite ce sujet comme un risque produit majeur, avec des mesures simples et visibles. Quelques principes, pas une liste interminable :
- Arrêter de rendre ces comptes trouvables “à froid” via des logiques de découverte.
- Couper les recommandations dans ces contextes. Ne plus “aider” la recherche à continuer.
- Ajouter de la friction, et le faire sans hypocrisie : quand un signal est évident, on bloque, on déréférence, on ralentit.
Mes démarches
Pour alerter sur ce problème, j’ai rédigé plusieurs courriers à l’ARCOM, au député local, au ministère de l’Intérieur et au président de la République.

Copie de ma lettre au président de la République Emmanuel Macron pour dénoncer l’usage détourné de Snapchat.
Sur le fait d’expliquer “comment ça se passe”
Je pense que ce travail de communication que je fais, et ce travail d’apprentissage que vous faites en prenant le temps de lire ces lignes est nécessaire pour dénoncer la mécanique. À défaut, personne ne comprend, ni n’est au courant et rien ne bouge.
L’objectif est que les parents, les éducateurs, les entreprises, et aussi Snapchat lui-même, voient le mécanisme pour ce qu’il est : une machine à réduire la friction. Et quand on réduit la friction sur un usage illégal, on accélère le problème.
Conclusion
Le sujet n’est pas “Snapchat doit disparaître”. Le sujet, c’est qu’un outil de découverte grand public ne peut pas rester neutre quand il rend un trafic trouvable, recommandable, et donc plus accessible.
Si Snapchat est capable de recommander, Snapchat est capable de freiner.
À partir de là, ce n’est plus une question de possibilité. C’est une question de responsabilité.


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